Bonjour!
Je copie le lien à ma dernière critique, qui n'a rien à voir avec la littérature pour une fois! Ce n'est pas faute de lire, mais depuis des mois, je m'efforce de terminer mon manuscrit, et à temps perdu je lis tout Asimov, ce qui est long et fastidieux, bien que fascinant. Je me tiens loin des médias sociaux et ça fait du bien de se concentrer à la tâche, sans distractions.
Je vous reviendrai plus activement à l'automne, y'a pas de presse. D'ici là, bonne lecture.
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Blogue de Hélène Arsenault
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samedi 20 juin 2015
mardi 21 octobre 2014
«Tout simplement compliqué» d'Annie L'Italien
Je reprends du service en tant que critique littéraire! Ma toute dernière critique est ici, sur notre nouvelle plateforme journal-blogue (on ne sait pas trop comment l'appeler encore!) «Dans les typos».

http://danslestypos.com/2014/10/20/tout-simplement-complique-dannie-litalien/
Venez faire un tour.

http://danslestypos.com/2014/10/20/tout-simplement-complique-dannie-litalien/
Venez faire un tour.
mercredi 12 mars 2014
Le mauvais livre
Depuis l’automne passé,
je suis devenue adepte des prêts de livres numériques à ma bibliothèque municipale.
J’y cherche des titres récents, surtout lorsque la date de tombée de ma
chronique littéraire approche et que j’ai besoin de nouveautés à me mettre sous
la dent. Il semble que les livres numériques arrivent effectivement bien plus
tôt que les versions papier, qui elles passent par un rite obligé d’étiquetage,
de reliure et de catalogage, avant d’être posées sur la tablette pour mon bon
plaisir. Les prêts numériques ont l’avantage de la rapidité d’accès dans le
confort de mon salon, mais les choix sont indéniablement plus restreints. N’empêche,
j’y déniche souvent quelques bijoux, et j’espère qu’avec le temps la majorité
des publications, sinon la totalité, sera disponible en format numérique pour
la liseuse.
Cela dit, je suis
tombée récemment sur un livre intrigant d’une personne que je ne connais que
virtuellement et qui m’invitait à lire sa dernière publication. Déjà, la
couverture m’attirait peu, mais je m’intéresse à mes collègues écrivains et je
désirais l’encourager.
Dès les premières
pages, j’ai été désenchantée, le sujet me semblant peu original et surexploité.
J’ai persévéré.
Après deux chapitres,
je désespérais. Le roman n’est pourtant pas si mauvais en soi, l’écriture n’est
pas si mal, le sujet peut même apparaître intéressant pour qui n’en a pas une
overdose, mais dans l’ensemble, ce sont tous ces clichés qui apparaissent dès
le début du livre qui m’ont rebutée. Je me demandais si je tenais vraiment à
terminer cette lecture, lorsque je me suis rappelé les conseils de plusieurs
grands, dont Stephen King et Dany Laferrière, de mémoire. Ils recommandent de
se farcir de temps à autres des mauvais livres, des livres mal écrits, parce
que ça aussi, ça fait partie de notre éducation d’écrivain, et qu’il y a
beaucoup à tirer des mauvais livres.
En effet, en lisant ce
titre, j’ai relevé plusieurs clichés qui ne m’auraient pas sauté aux yeux s’ils
avaient été parsemés ci et là à petite dose, et desquels je n’aurais pas été à
l’abri avant qu’ils ne me repoussent de la sorte. Lire des bons livres, ça éduque,
mais ça mine parfois la confiance en soi, on peut finir par se dire qu’on n’arrivera
jamais à écrire aussi bien que cet auteur qu’on admire. Mais un mauvais livre rappelle
qu’il faut rester vigilant face à l’usage de clichés, des tournures de phrases
démodées ou ringardes, des grossières caricatures de personnages. Alors je
remercie secrètement cet auteur que je ne nommerai pas, mais j’avoue que malgré
mes bonnes intentions, je n’ai pas dépassé les cinquante pages. Meilleure
chance la prochaine fois!
jeudi 28 novembre 2013
Herland de Charlotte Perkins Gilman
J’ai déjà parlé ici
du cours sur les classiques de la science-fiction et du fantastique/fantasy auquel
je suis inscrite depuis l’été. Puisque j’ai manqué de temps pour les lectures
obligatoires, je me suis réinscrite à l’automne. Les lectures me fascinent de
plus en plus. Ainsi, je viens de découvrir Charlotte Perkins Gilman et son
roman Herland, que l’on nous présente comme possiblement le premier ouvrage
féministe de la science-fiction, paru en 1915 dans un journal de type « Pulp
fiction » puis réédité. Il s'agit d'un roman utopiste qui remet en cause la
façon dont la société nous façonne, hommes comme femmes, dans un rôle donné.
Ce roman (dont je n’ai
pas trouvé la traduction) décrit les aventures de trois jeunes hommes qui
partent à la découverte de ce qu’ils appellent « Herland »,
littéralement la « Terre des femmes ». Intrigués par les légendes,
ils survolent par avion une vallée complètement isolée du reste du monde, où
ils se posent pour faire connaissance avec les habitantes. Chacun spécule sur
ce qu’ils y trouveront, s’il s’agit bien d’un monde strictement habité par des
femmes, bien qu’ils n’y croient pas totalement. Comment un groupe de femmes, ce
sexe faible, pourrait-il survivre sans mâles pour leur dire quoi faire? Elles
doivent passer leurs journées à se crêper le chignon!
Bien sûr, leur déconfiture
arrive bien assez tôt dans le récit d’une rare intelligence, surtout
considérant l’époque. On y découvre non seulement une société strictement
féminine, qui s’est développée par obligation et non par choix, mais une
communauté utopiste vivant retranchée du monde, en autarcie. Au fil du récit,
nous apprenons comment, il y a 2000 ans, la vallée s’est refermée sur elle-même
suite à un tremblement de terre. Les hommes étant presque tous partis à la
guerre, les seuls représentants de la gent masculine qui restaient étant des
esclaves. Ils se sont rapidement rebellés, et furent tués par ces pauvres
femmes sans défense.
Ces survivantes croyaient
faire face à l’annihilation, mais un jour l’une d’entre elles est devenue
enceinte, par un curieux phénomène de pathogenèse (qui existe effectivement dans
la nature). L’Immaculée Conception. Cette mère a engendré cinq filles, elles
aussi capables de pathogenèse, et ainsi la communauté s’est reproduite. Étant
donné que le milieu de vie comportait d’importantes limites physiques, ces matriarches
en sont venues à contrôler les naissances et à optimiser chaque recoin de leur
terre pour la rendre habitable à long terme pour les générations futures.
Voilà toute la beauté
de cette histoire. Charlotte Perkins Gilman décrit une société qui valorise
tant la maternité et les générations à venir, que chaque geste posé l’est par
amour pour eux. « On n’hérite pas de la terre de nos parents, on l’emprunte
à nos enfants », disait St-Exupéry, selon certaines sources, d’autres citent
un grand chef indien, j’ignore lequel a raison.
Dans ce milieu
matriarcal, l’enfant se trouve au centre de tout, aussi l’environnement prime,
l’enseignement consiste en un jeu perpétuel auquel on accorde la plus grande
réflexion. Grâce à cet enseignement, on découvre les talents et intérêts de ces
enfants, qui ne s’en portent que mieux. Puisqu’il n’y a pas de sexualité
implicite à cette société de femmes (pas lesbiennes non plus), elles ne forment
pas non plus de partenariat avec une seule personne, mais partagent leur
existence, leur joie et leur amour avec toutes.
Les trois visiteurs en
prennent pour leur rhume, surtout le plus macho des trois qui possède des idées
très arrêtées sur ce qu’il conçoit comme le rôle de la femme, et la fonction de
l’homme en relation avec son épouse. Une fois que l’on retranche ces rôles
artificiels de l’équation, il ne reste plus grand-chose de ce phallocrate. Les
autres s’en sortent à peine mieux. Un deuxième, au contraire du premier, idéalise
la femme, la place sur un piédestal, et la traite comme un objet précieux à
protéger. Ces femmes travaillent de leurs mains, réfléchissent mieux que ces
garçons et possèdent une rare sagesse, aussi elles n’apprécient pas le
traitement. Le troisième, quant à lui, le narrateur, est un sociologue avisé,
qui préfère observer et consent à considérer ces femmes comme des personnes à
part entière, égales à l’homme en tout point. Lui arrive à former une relation
d’amour avec l’une d’entre elles, une relation basée sur l’admiration mutuelle et
le respect.
À mon avis, c’est une œuvre
magistrale, non seulement d’un point de vue féministe, mais bien sociétal.
Beaucoup a changé dans nos perceptions depuis que ce livre a été écrit, il y a plus
de cent ans, mais certaines choses demeurent. Cet ouvrage me rappelle qu’il
est facile de se laisser façonner par le regard des autres et de s’oublier dans
le processus. Aussi qu’au final, les hommes comme les femmes ont besoin d’un ou
d’une partenaire avec qui tout partager, dans le respect et l’admiration, et à
ce titre, Herland est toujours d’actualité.
vendredi 14 juin 2013
Troisième humanité de Bernard Werber
J’ai entrepris la
lecture de Troisième humanité avec
beaucoup d’enthousiasme, parce que je n’avais jamais lu Bernard Werber et que je voulais vraiment le découvrir. Je pourrais
vous dire que j’ai été déçue, que je n’ai pas beaucoup aimé le livre, mais là n’est
pas la question. La vraie question c’est : pourquoi?
D’emblée, j’ai été
surprise par les premières pages du livre qui décrivaient une exploration de
paléontologues en Antarctique. Les méthodes scientifiques utilisées me
semblaient plutôt invraisemblables. Qu’on découvre des géants de dix-sept
mètres préservés dans la glace, d’accord. Mais que du même coup on explique un
nombre effarant de mystères du monde par les vestiges de leur passage en ce
lieu, ça m’embêtait. Le livre partait dans tous les sens et là où se mêlaient
sciences, mythologie, croyances, spiritualité, visions du futur et fantastique,
avec la voix anthropomorphique de la terre, ça m’a refroidie. De plus, l’auteur
se montrait drôlement moralisateur. C’était gros, et difficile à gober. Les
énoncés trop nombreux me faisaient me questionner sur la rigueur scientifique
de l’auteur, qui pourtant, après vérification, fut journaliste scientifique
avant de devenir écrivain. Ce qui m’a incitée à douter, c’est l’accumulation des
libertés que Werber prenait avec tout le reste. Pourquoi pas avec la science,
un coup parti?
J’avais noté les points
qui m’intriguaient le plus et que je mettais en doute, mais après quelques
recherches, j’ai été surprise. Outre l’utilisation de méthodes et de matériel
trop sophistiqué non adapté à leur usage sur le terrain (surtout en passant du climat
subarctique à la jungle), j’ai découvert que certaines informations que je
croyais erronées s'avéraient véridiques. Ce n’était que leur présentation qui m'entraînait
vers une fausse piste, qui m’agaçait. Par exemple, Werber mentionne la bactérie
Yersina pestis ayant causé la peste.
À un point, il parle de « bacille », alors qu’il n’a pas précisé qu’il
s’agit de cette classe de bactérie. Pour certaines personnes, ça aurait pu
passer inaperçu, mais je me suis aussitôt demandé s’il s’agissait réellement
d’un bacille où s’il utilisait ce terme à tort et à travers. Après
vérification, je confirme qu’il avait raison, mais dans le texte le mot était
utilisé comme un synonyme de bactérie, ce qui aurait pu s'avérer fautif. J’apprends
donc quelque chose. De même, il mentionne que la grippe espagnole était de
nature « A-H1N1 », tout comme le virus de l’influenza responsable de
la pandémie de 2009. Vérification faite, c’est bien le cas, même si ça me
semblait peu probable. Voila comment il m’a fait douter, page après page, de la
véracité de nombreux énoncés scientifiques sans réelle importance, donc c’était
fichtrement agaçant pour moi.
Et puis il y a des
trucs carrément tirés par les cheveux qui ne nécessitent aucune vérification,
mais au moins là on sait qu’on nage en pleine fiction. Comme ce groupe de
biologistes travaillant à la production de microhumains de 17 cm de haut,
qu’ils arriveront à créer en laboratoire en faisant pondre des mammifères. Oui
pondre, il s'agirait de la voie du futur. Ils commenceront par un lapin- et
voilà un autre mythe de confirmé, le lapin de Pâques a vu le jour!- pour
ensuite passer au singe, en mélangeant de l’ADN d’une pygmée à celui de l’homme
le plus petit de la terre (une cinquantaine de cm je crois). Parce qu’entre 50
et 17 cm, il n’y a qu’un pas (ah que je me trouve drôle!). Tout cela après
quelques manipulations génétiques qu’on explique peu, mais qui sonnent toujours
aussi invraisemblables, mais bon, nous évoluons dans un monde fictif, n’est-ce
pas? D’où mon billet
récent sur les devoirs de l’auteur de l’imaginaire. Moi ça m’a perdue comme
lectrice, en tout cas. Parce qu’en fiction tout est permis, mais ça doit rester
plausible et explicable, ce qui n’est pas vérifié ici. Et je ne vous parle même
pas des personnages unidimensionnels, on repassera, oui.
Ce que j’ai sans doute
le moins aimé, ce sont les opinions de l’auteur insérées çà et là sans trop de
subtilité. Les scientifiques, devant contrôler leur population grandissante de microhumains,
trouvent la solution idéale : la religion. Ils deviendront évidemment des
dieux, parce que « La religion a été créée pour calmer les tribus les plus
féroces. C’est avant tout un outil d’ordre et de pouvoir pour influencer les esprits
les plus influençables. » Et voilà, tout est dit. Personnellement, je
trouve l’excuse un peu facile et peu élaborée, on se moque des religions tout
en reproduisant toutes les erreurs qui leur incombent, sans proposer de
meilleures solutions pour inculquer de l’ordre et des principes moraux à des
êtres pensants. Mais pis encore: après des centaines de pages d’acharnement, on
se dit qu’au moins, on sera passé à travers sans abandonner, pour arriver à la
dernière page sur ces mots :
Fin du tome I.
(Imaginez Hélène qui s’arrache
les cheveux). Bref, je m’attendais à mieux, et cette lecture ne m’incite pas à
retourner dans l’imaginaire de Bernard
Werber, malgré la bonne volonté. Toutefois, je demeure ouverte à découvrir
d’autres de ses publications qu’on pourrait me recommander, si jamais j’ai un
petit trou dans mon horaire de lecture (mais pas six cents pages, de grâce!).
mardi 30 avril 2013
L’Orphéon - Crématorium circus de Roxanne Bouchard
L’Orphéon (VLB éditeur), c’est un
immeuble à bureau de Montréal dont les cinq étages sont utilisés à la mise en
scène de romans de genres différents écrits par autant d’auteurs. Des
personnages se croisent entre les narrations, ce qui ajoute du piquant et des
clins d’œil humoristiques pour qui a lu la série, comme moi. J’en rapporte d’ailleurs mes
impressions au sein du journal Sans papier de la Teluq (disponible ici).
Mais je voulais vous entretenir plus amplement de mon préféré du lot, soit Crématorium
circus de Roxanne Bouchard.
Au quatrième étage on découvre, « Crématorium Circus » un
roman burlesque efficace. Salon funéraire atypique (une litote, Mesdames,
Mesdemoiselles, Messieurs), le Phénix crématorium propose des crémations
luxueuses aux gens de culture et qui souhaitent laisser un souvenir mémorable
de leur passage. Le propriétaire, espérant prouver à son épouse envahissante qu’il
peut décrocher seul un contrat, entreprend de convaincre le directeur du cirque
Flagada Circus de tenir une grande cérémonie funéraire au Phénix. C’est que le
cracheur de feu, trépassé à la suite d'un accident impliquant l’homme canon, ainsi
que trois autres artistes du cirque dont la mort imminente pourrait venir
bonifier cet événement grandiose, y passeraient à la postérité. Du moins on
semble l'espérer. Les personnages caricaturés et les situations loufoques s’enchaînent
en une joyeuse farandole autour de la mort. L’idée m’a tout de suite attirée.
En fait, il n’y a que la toute fin qui m’a laissée sur ma faim, mais je
me déclare tout de même une consommatrice satisfaite. Je ne peux résister à
vous présenter un délicieux extrait des publicités du Phénix (de belles
trouvailles tout au long du roman):
« Au Phénix crématorium (ISO 9004), nous nous consacrons
exclusivement à la crémation. Entièrement récupérée, la chaleur provenant de
l’incinérateur alimente deux bains scandinaves situés dans le salon VIP. Cette
innovation écologique dans le domaine du deuil permet non seulement à vos
invités de s’offrir un moment de détente et de réconfort en bonne compagnie,
mais vous garde énergétiquement vivant dans le karma universel.»
Ou encore :
« Forfait 3 : « La Glorification éternelle ».
Luxueuse soirée dans un décor refait à votre image- Éclairage d’ambiance - Menu
spécial des Buffets Italiens - Musique adaptée par l’excitant DJ Lampion -
Service de bar complet et exotique - Accès limité à nos spas VIP* - Équipe
professionnelle d’accompagnatrices de deuil* - Crémation haut de gamme - Pour
ceux qui valent vraiment cher à vos yeux ou pour vous qui méritez ce qu’il y a
de mieux : n’hésitez pas et offrez(-vous) La Glorification éternelle en
cadeau! *Réservés aux 18 ans et plus. »
Ici, "accompagnatrices de deuil" réfère aux escortes du
deuxième étage de Bleu communication à l’Orphéon. Pourquoi ne pas fêter la mort
en grand? J’en commande un sans faute.
Roxanne Bouchard est aussi l’auteure de Whisky et paraboles un
premier roman qui lui a valu le prix Robert-Cliche 2005 et le Grand Prix de la
Relève littéraire Archambault 2007. En 2007 elle a reçu le Prix Desjardins de
la Relève culturelle de Lanaudière pour sa Novella La Gifle. Récemment,
vous avez sûrement entendu parler d’elle (à TLMEP entre autres) pour la
publication conjointe de sa correspondance avec un soldat canadien, Patrick Kègle,
en mission en Afghanistan, concernant ses vues antimilitaristes: En terrain
miné, que j’ai ajouté à ma pile à lire. Une auteure à découvrir donc que je
vous recommande chaudement.
Bonne lecture!
jeudi 25 avril 2013
Écriture, mémoires d’un métier de Stephen King
Voilà ma lecture en
cours, je ne l’ai pas encore terminée, mais je ne pouvais résister à l’envie de
vous en parler à chaud, de peur que les idées me fuient durant la nuit!
Disons d’emblée que je
n'incarne pas la grande fan de Stephen King. Je le lis pour la première fois, à
mon souvenir. Probablement parce que j’ai déjà vu des films d’horreur dans mon adolescence
basés sur ses romans, et que je n’avais pas envie des cauchemars qui les
accompagnent. L’horreur, ça n’a jamais été mon truc. Mais j’avais beaucoup
entendu parler de ce livre sur son expérience personnelle en écriture, et ça
m'a convaincue de m’y mettre.
Lorsque j’ai effectué
une recherche informatique à la bibliothèque, j’ai réalisé que certaines
bibliothèques dans le réseau plaçaient cet ouvrage dans les « 800 »
pour les œuvres sur la littérature, mais à ma bibliothèque il était classé dans
les « 900 » avec les biographies. Mais branchez-vous, que diable!
Bien sûr ça n’a rien de sorcier, il s'agit un peu des deux, sa biographie en
première partie, suivie d’un essai sur l’art d’écrire.
La biographie de l’homme
s'avère divertissante parce qu’il sait se concentrer sur les moments clés de sa
vie qui ont contribué a ce qu'il devienne un écrivain. J’ai été subjuguée pendant les premières cent et quelques
pages où l’auteur décrit d’une anecdote à l’autre son enfance difficile, ses
petits boulots, sa rencontre avec sa femme qui a toujours cru en lui et en son
talent d’écrivain. Tout cela m’a comblée, car c’est bien raconté avec beaucoup
d’autodérision. Puis est venu le temps où il a décroché un premier contrat de
vente pour Carrie, et de là tout a déboulé. Par la suite, une
compagnie de formats de poche achète son livre pour 400 000$, dont il
recevra 50%. Un contrat de poche, et
c’est dans la poche, pour faire un jeu de mots poche. Et comment ça fonctionne
au juste, ces contrats? Bref, cela représente beaucoup d’argent en peu de
temps, époustouflant. Et voilà que l’écrivain était né, il pouvait enfin
laisser son travail d’enseignant et réaliser certains rêves. Juste comme ça,
pour ainsi dire. Ça me semble un peu facile. Oui, il a ensuite sombré dans
l’alcool et les drogues, que devrais-je en penser? Pauvre petit garçon riche et
célèbre? Il reste qu’il a connu le succès quasi instantané, et que c’est rare,
surtout de nos jours. Certes il a sans doute du talent à revendre (je vous
rappelle que je n’ai rien lu d’autre de lui), mais il y a un facteur chance
là-dessous. Suis-je désabusée de penser que ça ne se passe plus comme ça
aujourd’hui? Corrigez-moi si je me trompe. Ce que l’auteur ne dit pas toutefois,
c’est s’il représentait l’exception à la règle, une étrangeté de la nature, un
monstre pour avoir percé ainsi, ou si ça arrivait assez fréquemment pour qui possède
du talent et une bonne histoire à présenter au bon moment.
La conclusion de cette
première partie porte sur cette réflexion inspirante. Il avait
toujours rêvé de se procurer l’un de ces gros bureaux massifs qui trônent au
centre de la pièce. Il l’a obtenu, et y a passé des heures horribles (ivre ou à
l’état d’épave, comme il l'affirme lui-même). Après être redevenu sobre, il
s’en est débarrassé pour un plus modeste, qu’il a posé dans un coin de son espace de travail transformé en petit salon convivial. Voici son
conseil :
« Mettez votre bureau dans un coin et,
chaque fois que vous vous y installerez pour travailler, rappelez-vous pour
quelle raison il n’est pas au milieu de la pièce. La vie n’est pas un système
logistique destiné à soutenir l’art. C’est le contraire. »
Grâce à cette
illustration concrète, je garderai toujours ceci à l'esprit, si j’obtiens un
jour ma pièce à moi pour écrire. Sait-on jamais?
Commence ensuite
l’enseignement. Je ne suis pas très avancée dans cette section, mais j’avoue
que tout ce qu’il y raconte me touche directement. Je retiens en particulier
deux choses : l’une, il faut lire beaucoup pour apprendre le métier – il mentionne
lire 70-80 romans par an, et se dit un lecteur plutôt lent. Là je me questionne. Et moi? Je lis davantage depuis que j’écris des
critiques, mais pas 70. Pas même 50. Avec mes critiques seules, je dépasse la
trentaine, et ça seulement depuis septembre passé. Si les dates m'échappent, je monte facilement au-dessus de 40, mais de là à dépasser 50, je ne crois
pas. Mais je bouquine de plus en plus puisque c’est redevenu une priorité dans
ma vie. Vous, avez-vous une idée de combien de romans par an (j’exclus
volontairement les nouvelles)?
La deuxième chose qui
a attiré mon attention, c’est qu’il affirme que l’on apprend plus encore de la
mauvaise prose que de la bonne. Les livres médiocres, les gros problèmes de
style, ça tombe tellement sur les nerfs qu’on se remémorera le défaut durant toutes
nos sessions d'écriture, pour les éviter.
Je pense à un exemple
récent. J’ai lu un roman, assez volumineux, dont l’intrigue cheminait tout
de même de façon intéressante et soutenue, mais dont le style de l’auteur m’a
horripilée. J’ai donc décidé de ne pas le critiquer, ce serait trop horrible. Puisqu’il
s’agissait de la première publication de l’auteur, j’ai voulu donner la chance
au coureur en tentant le coup à nouveau avec un deuxième tome. J’étais
convaincue qu’avec un changement d’éditeur, avec l’expérience et une nouvelle
direction littéraire, les tics et erreurs de style qui m’avaient fait grincer
des dents la première fois appartiendraient au passé. Mais non. Dès les
premières pages, j’ai retrouvé les mêmes points faibles, les mêmes formes
adverbiales inutiles et lourdes utilisées à outrance, les mêmes débuts de
phrases en participe présent. C’est l’abondance de ces points qui m’a contrainte
à refermer le livre et à le retourner à la bibliothèque illico. Et non je ne
vous dévoilerai pas de qui il s’agit, mais ce n’est pas toi, ni toi…
Bref, tout ceci pour
dire que s’il m’apparaît souvent tranchant dans ses propos, je me range du côté
de Stephen King lorsqu’il affirme
qu’il faut lire de la bonne littérature pour s’en inspirer et s’améliorer, mais que la mauvaise aussi à ses utilités à ne pas négliger.
Après avoir lu ce roman
horrible, je me suis dit que je pouvais peut-être arriver à faire mieux, et ça
m’a encouragée à continuer. Voilà, je retourne de ce pas terminer ma lecture,
on s’en reparlera.
jeudi 21 mars 2013
Le petit guide de l’édition (Tout ce que les aspirants auteurs devraient savoir)
Le petit guide de l’édition (Tout ce que les aspirants
auteurs devraient savoir) de Dominique Girard, Agence littéraire Trait d’union,
2012
Ouch! Quand je relâche, je ne
relâche pas à moitié! Ça fait près d’un mois que je n’ai rien écrit ici, et ce
n’est pas par manque d’idées ou de volonté. Petit rush prérelâche, puis la
relâche comme telle, puis… ben c’est la vie et me revoilà.
J’ai lu ce tout petit
guide récemment et je l’ai adoré, de sorte que je m’en voudrais de ne pas
partager mon enthousiasme. Il recèle des trucs pratiques et concrets pour se rendre jusqu'au fil d'arrivée de la publication sans heurts.
S’adressant comme le
nom l’indique aux apprentis auteurs, ce petit bijou répond franchement aux
innombrables questions que se posent les écrivains publiés ou non. Se basant
sur un programme de 2e cycle en édition de l’université de
Sherbrooke et sur sa propre expérience d’une quinzaine d’années, l’auteure nous
apporte ses réflexions et partage ses connaissances inestimables.
Sans dire que j’y ai
appris beaucoup de nouveautés, puisque j’ai eu l’occasion de poser mes
questions à mes amis auteurs au fil des dernières années, je peux affirmer
qu’avoir mis la main sur ce bouquin plus tôt dans mon cheminement dans
l’écriture m’aurait été d’un grand secours et m’aurait évité bien des pertes de
temps et d’énergie. La majorité de ceux qui lisent ce blogue sur une base
régulière connaît déjà le milieu de l’édition, mais il constitue une excellente
référence pour les gens qui vous poseront des questions plus tard (comme moi
par exemple!).
Dominique Girard
mentionne entre autres l’importance de lire et de connaître le milieu
littéraire, et que pour former un écrivain, une décennie peut facilement s’écouler.
Je ne devrais pas être trop loin de ça. Aussi elle met en garde contre ceux,
nombreux, qui rêvent d’écrire à la retraite. Si c’est faisable, ce ne sera
certainement pas facile, et il est toujours préférable de commencer à se
consacrer sérieusement à l’écriture le plus tôt possible. Dans le même ordre
d’idée, l’auteure recommande l’association à un mentor ou des lecteurs du
milieu comme les autres auteurs (et non seulement les proches). Ces derniers pourront produire un rapport de
lecture et, par leurs critiques constructives, aideront sans doute l’auteur en
devenir à progresser à vitesse grand V en corrigeant des défauts et tics qu’il
aurait mis des années à déceler par lui-même.
La liste de faux pas
à éviter est longue, mais combien utile! Que ce soit parce qu’on choisit mal le
genre littéraire dans lequel on écrit, ou l’éditeur à qui on envoie son
manuscrit, ou encore que l’on fait trop de fautes, on commet des impairs qui ne
pourront sauver même une très bonne histoire. Et par fautes, il faut inclure l’abondance
d’adverbes, de mots et verbes ternes tels tous, tout le monde, choses, être,
avoir, faire, aimer, les anglicismes, la ponctuation déficiente, les phrases
trop longues ou mal construites, les coquilles fréquentes, le vocabulaire
pauvre et j’en passe.
Dominique Girard
décrit également les différentes étapes suivant l’acceptation d’un contrat: les
clauses, les droits d’exploitation numérique, les étapes de la production du
livre, le lancement et la promotion, les paiements et redevances, la relation
entre l’auteur et l’éditeur, l’autoédition et l’édition à compte d’auteur, autant
d’informations pertinentes et précieuses dont on ne saurait se passer. Pour
avoir abondamment discuté de ces sujets avec des connaissances depuis quelques
années, j’ai trouvé les informations présentées justes et réalistes. Quoi de
plus frustrant que de se faire bercer d’illusions par des rêves de gloire et de
richesse, sans connaître les réalités de notre marché québécois?
Le petit guide de
l’édition nous brosse un portrait tangible de la réalité du marché de l’édition
chez nous. Si vous n’avez pas encore publié ou si vous connaissez quelqu’un qui
s’intéresse à l’écriture, de grâce lisez ce guide, il vous lancera à coup sûr vers
la bonne direction et vous évitera de nombreux écueils.
mardi 19 février 2013
Goldorak, Go!
Ce dernier Noël, mon
conjoint me demandait de lui acheter en prévente la série Goldorak en DVD.
Puisque j'y trouvais mon compte, j'ai bien sûr agréé à sa demande. J'avais
tellement hâte de me replonger dans cet univers de science-fiction des années
70 (et présenté en début des années 80 au Québec), qui ont marqué une partie de ma jeunesse.
J'anticipais de revivre les combats ponctués de ces manœuvres qui ont passé à l'histoire: "Transfert", "Autolargue", "Fulguropoing", "Rétrolaser", ainsi que le fameux "Goldorak, Go!» Je me rappelle surtout le "buzz" qui courait autour de la série. Comme un bon nombre de mes amis, je possédais un cahier de collectionneur d'autocollants Goldorak, la marque du fan. Nous échangions des autocollants entre nous pendant la récré et après l'école, un must.
Mais voilà. Nous commençons à écouter la série en famille, après les fêtes, et je me rends compte au fil des épisodes de tout ce que j'ai oublié. Mon conjoint lui se rappelle de tout, en vrai amateur de la série, tandis que moi, déjà à l'ouverture, je suis consternée par la chanson thème dont je ne me souviens absolument pas. Il se trouve que le thème a changé à partir de septembre 1978, la série bien entamée (débutée en 1975), et c'est surtout cette dernière version qui est restée dans la mémoire collective. Allez, chantonnez donc un bout de ce dont vous vous souvenez, pour ceux que ça concerne. Et bien voici ce que vous devriez avoir chanté:
Tandis que la version
dont je me rappelais ressemblait plus à celle-ci:
Voyez, déjà j'étais
dans les patates, toute une fan! Mais avouez que cette dernière version sonnait
bien mieux que la première, non? Non??.
Retournons à notre
émission. Dans la première saison, je suis emballée de retrouver mon héros
d’antan Actarus, et ses amis Alcor et Vénusia, Rigel et tous les autres.
Après quelques épisodes, nous constatons que de replonger dans cette époque
nous confronte à certains changements importants de visions sociales que j'avais
totalement excisés de ma mémoire sélective. Surtout le machisme et ce besoin des hommes de se taper dessus!
Actarus joue au preux chevalier qui se sacrifie toujours pour le monde qu'il défend (pour l'amour des oiseaux des fleurs, comme le chante le générique de la fin, et ah! oui, aussi l'amour des enfants, accessoirement), donc il se place toujours devant le danger pour protéger les siens, se sent coupable et responsable de tous les problèmes encourus par les forces de Véga qui tentent de le retrouver et l'éliminer pour s'emparer de son robot géant Goldorak. Il a vu sa famille, les siens et son monde annihilé par ses ennemis avant de fuir la galaxie et de se retrouver sur cette planète bleue où il son père d'adoption, un scientifique nommé Procyon le cache et l'outille à mieux défendre la terre contre les envahisseurs. Bref, c'est une véritable caricature du héros torturé vivant dans un monde de bons et de méchants, de noir et de blanc sans zones grises, ce qui est tellement rare aujourd'hui que ça en devient rafraîchissant.
Actarus joue au preux chevalier qui se sacrifie toujours pour le monde qu'il défend (pour l'amour des oiseaux des fleurs, comme le chante le générique de la fin, et ah! oui, aussi l'amour des enfants, accessoirement), donc il se place toujours devant le danger pour protéger les siens, se sent coupable et responsable de tous les problèmes encourus par les forces de Véga qui tentent de le retrouver et l'éliminer pour s'emparer de son robot géant Goldorak. Il a vu sa famille, les siens et son monde annihilé par ses ennemis avant de fuir la galaxie et de se retrouver sur cette planète bleue où il son père d'adoption, un scientifique nommé Procyon le cache et l'outille à mieux défendre la terre contre les envahisseurs. Bref, c'est une véritable caricature du héros torturé vivant dans un monde de bons et de méchants, de noir et de blanc sans zones grises, ce qui est tellement rare aujourd'hui que ça en devient rafraîchissant.
Entre Actarus et
Alcor, une relation de surprotection malsaine s'installe initialement alors
qu'Alcor est le seul humain à part Procyon à connaître la véritable identité du
Prince d'Euphor. Quotidiennement, alors que le fougueux jeune homme souhaite
aller combattre les ovnis, il reçoit des coups poings au visage de son bon ami
qui tente de l'en dissuader, Actarus convaincu qu'il s'agit là de son devoir et
non celui d'Alcor. Déjà on établit l'héritage macho d'une époque révolue qui
justifie ces effusions de paternalisme (je t'aime comme un frère, je dois te
protéger contre toi-même, donc je tabasse!). Ça me sidère. J'ai écouté ça, moi?
Et j'ai aimé ça? Ben oui, j'ai toujours eu la fibre romantique. Mais dans la
deuxième saison, lorsqu’il interdit à Vénusia de l’aider parce que ce n’est pas
la place des femmes, j’ai failli m'étouffer! Il fallait voir la tête de mon conjoint qui m'exhortait au calme, "1975, chérie, 1975"
La première saison
tourne autour du même thème, alors que les ennemis de Goldorak lui envoient des
Golgoth (robots ennemis) de plus en plus forts pour le déjouer. À chaque
émission il combattra un nouveau Golgoth, ce qui fait qu'à l'épisode 2 il se
battra contre Golgoth-2, à l'épisode 42, il affrontera Golgoth-42, et ainsi de
suite. Pratique pour le décompte des épisodes. Actarus se bat seul la plupart
du temps, bien qu'Alcor vienne régulièrement lui porter secours avec son petit
OVterre qui égratigne à peine la surface des Golgoths.
Mais dès la deuxième
saison, tout change. Alcor reçoit un nouvel engin à piloter qui s'arrimera avec
Goldorak et lui procurera plus d'autonomie en dehors de sa soucoupe. Se joint à
eux Vénusia (qui fini par prouver qu’elle a sa place parmi eux) et son véhicule
qui ira appuyer le grand robot sous l'eau, puis un autre appareil agrandit la
flotte en permettant à Goldorak de creuser sous la terre. Le centre de
recherche et base de Goldorak ont eux aussi subi un important
"lifting" et on se retrouve maintenant devant une forteresse. Même
les héros ont droit à des nouveaux habits, un makeover total quoi.
C'est ici que le
changement brusque de cap commence à m'agacer. Alors qu'en premier lieu, on
assistait à une montée progressive des attaques et des parades, soudain on se
retrouve avec une force en puissance défendant la terre, et les ennemis doivent
rivaliser d'ingéniosité pour trouver de nouvelles façons d'atteindre leur
cible. Chaque fois qu'ils détectent une faille à exploiter, le professeur
Procyon vient tout juste d'y penser et de pallier la faiblesse avec une
nouvelle arme ou une nouvelle tactique. Les méchants n'ont aucune chance! Il
faut se rappeler que c'est une série pour enfants, mais tout de même, le
changement de vitesse reste difficile à avaler et je commence à espérer que les
extra-terrestres gagnent du terrain, c’est dire!
Pour tous les anciens
fans de Goldorak toutefois, cette série sur DVD demeure un incontournable que
vous prendrez grand plaisir à revisionner durant de belles soirées nostalgie.
mercredi 30 janvier 2013
Impasse de Sylvie Gaydos
Extrait du 4e
de couverture : "Jusqu’à quel point peut-on conjurer la fatalité?
Est-il même possible de le faire ? Que feriez-vous si vous étiez un jeune
homme de vingt ans et que la mort vous fauchait prématurément, en vous laissant
errer entre deux mondes? Si vous étiez une petite fille de quatre ans et que
la seule personne qui vous porte une réelle attention disparaissait
soudainement ?"
Puisque j'ai décidé d'écrire cette critique pour le Sans papier de février qui sort comme, là là maintenant, aussi bien la prendre ici pour vous donner un peu plus de rétroaction, ce que je n'ai pu faire sur le journal virtuel.
J'ai lu ce roman peu après sa sortie en 2011, puisque je suivais depuis un moment le blogue de cette auteure si attachante qu'est Sylvie Gaydos. Tantôt comédienne, tantôt dramaturge, mais toujours si touchante, Sylvie Gaydos sait comment happer le lecteur dès les premières pages de son roman, mais que dis-je! de tout ce qu'elle écrit. Et comme c'était à prévoir, ce roman m’a accrochée
dès le début. Il se lit en un clin d’œil, tellement il est enlevant et bien rythmé. Le sujet lui non plus n'est pas étranger à l'engouement qu'on ressent à poursuivre sa lecture jusqu'à la fin sans s'arrêter.
D’entrée de jeu, une mère rigide et maladroite, un père à peu
près absent et qui laisse sa femme tout décider en ce qui concerne les enfants,
puis vient un petit frère qui prend toute a place qui revenait à la
petite Sarah auparavant, incluant sa chambre. Sarah est laissée à elle-même et
le seul qui lui porte la moindre attention, c’est son parrain Philippe qui
s’improvise son ange gardien personnel, rôle qu’il tiendra plus longtemps que
prévu… La petite n’a personne d’autre pour veiller sur elle et un lien
indéfectible se tisse entre les deux tout naturellement. Déjà, ça m’ébranle.
Déjà j’en avais les larmes aux yeux.
Lorsque la mort
survient, on comprend facilement que Philippe n’arrive pas à l’accepter ni à se résoudre
à quitter Sarah. C'est là toute l'habileté de l'auteure, nous emmener à cet endroit où l'on comprend et accepte le choix du parrain. Philippe choisit de rester entre deux mondes par amour pour elle, mais son
pouvoir d’intervention dans la vie de la petite est limité et sans le savoir, il met son âme à lui en danger.
Fiction où surnaturel
côtoie les émotions fortes, on suit cette petite qui deviendra une femme
accomplie, sans savoir que son parrain continue de veiller à ses côtés. Sylvie Gaydos possède un rare talent pour
toucher le lecteur, jouer les cordes sensibles sans verser dans le mélodrame,
et nous présenter des personnages forts, attachants et cohérents. C’est une belle histoire
d’amour peu commune, qui transcende la vie elle-même et vous laissera sur une
fin aussi sublime qu’inattendue. J’ai adoré!
J'attends une prochaine publication avec impatience!
lundi 28 janvier 2013
La vie épicée de Charlotte Lavigne de Nathalie Roy, 2011
Comme j'avais déjà commencé à vous parler de La vie épicée de Charlotte Lavigne, tome 1 en début d'année, je commence avec cette lecture.
La vie épicée de Charlotte Lavigne, tome 1 : Piment de Cayenne et pouding chômeur, de Nathalie Roy, 2011

Du site de l’auteure : « La tête, le cœur et les pieds dans les plats ! Découvrez l'univers de Charlotte Lavigne, l'héroïne d'une série de trois romans. À 33 ans, Charlotte a deux passions dans la vie : la bouffe et l'amour. Recherchiste pour la télévision, c'est dans sa cuisine qu'elle vole la vedette. Elle est prête à tout pour séduire ses invités. » On dit aussi en 4e de couverture que Martha Stewart et Bridget Jones font partie de son univers. Si Martha me rebute un peu (lire beaucoup), j'aime bien Bridget Jones qui a certains points en commun avec cette Charlotte.
Définitivement de la « chick lit », La vie épicée de Charlotte Lavigne est drôle, divertissant et donne l’eau à la bouche. Charlotte est une gastronome gaffeuse qui rêve de donner le souper parfait. Elle en fait toujours trop en tentant d’éblouir ses invités, elle s’étourdit en plans complètement déments pour ensuite tenter de sauver la face en recourant à l’aide de ses amis ou au mensonge lorsqu’elle n’arrive pas à répondre à ses propres exigences trop élevées. C’est là que je décroche, personnellement, même si je suis certaine que cette lecture plaira à un grand nombre de lectrices. On pourrait croire qu’elle finira par apprendre de ses erreurs, mais non, elle remet ça à chaque fois! Et puis il y a son romantisme incurable auquel je ne m’identifie pas. Si mon amoureux m'invitait au restaurant et qu'après m'avoir demandé ce que je bois, il se retournait et commandait ce qu'il veut pour "me faire découvrir autre chose", je ne trouverais pas ça cute, je trouverais ça macho et irrespectueux, et il n'aurait pas l'occasion de me la refaire.
Ce qui est agréable toutefois dans cette lecture, c’est que l’on sent réellement la passion de l’auteure pour la bonne cuisine, les produits du terroir, les recettes uniques et délicieuses, et qui donnent le goût de s’offrir une bonne bouffe bien arrosée entre amis. C’est ce que j’en retiens, soit une ambiance festive et amicale. Mais pour les valeurs véhiculées, par exemple cette fixation à vouloir impressionner tous ses convives, et de mentir pour cacher qu’elle n’a pas tout fait elle-même (ça, c'est la faute de Mme Stewart qui crée des attentes irréalistes pour toutes les hôtesses du monde!), et de boire de l'alcool pour se donner du courage lorsqu'elle angoisse, ça me dérange beaucoup et c’est pourquoi je n’ai pas l’intention de lire les deux tomes suivants, je vous laisse en faire la découverte si le premier tome vous a plu.
Pour le site de l’auteure : http://www.charlottelavigne.com/
jeudi 11 octobre 2012
Mylène Gilbert-Dumas, Geneviève Blouin et Georges Leblanc
Voici l'intégral de ma chronique littéraire du Sans Papier de la Teluq du mois d'octobre. Bonne lecture à tous! Je prend les suggestions de lecture, si vous en avez (auteurs québécois strictement).
Une écrivaine vient passer une partie de l’hiver au Yukon avec l’espoir d’y trouver le sujet de son prochain roman. Sur la route qui relie Whitehorse à Dawson City, elle prend une femme en auto-stop et réalise qu’il s’agit d’Isabelle St-Martin, une esthéticienne dont elle a déjà été la cliente.
Au cœur de l’honneur et de la loyauté, il y a bien sûr cette question fondamentale : devrions-nous accorder une confiance aveugle en nos aînés, car ils savent mieux que nous, ou au contraire nous forger notre propre opinion basée sur nos expériences et connaissances?
Au menu ce mois-ci : Yukonnaise de Mylène Gilbert-Dumas, Hanaken, la lignée du sabre de Geneviève Blouin et Georges Leblanc avec Au-delà des limites et l’Océan prédateur.
Yukonnaise, de Mylène Gilbert-Dumas chez VLB éditeur
Avec ce douzième roman de Mylène Gilbert-Dumas, l’intrigue est posée dès le début : qui est donc cette Isabelle, début quarantaine et complètement convertie au mode de vie yukonnais « à la dure ». Lorsque l’écrivaine la prend en auto-stop, Isabelle porte une parka, d’énormes bottes d’hiver, ses cheveux courts, et son apparence générale est négligée. Comment s’expliquer dès lors son cheminement, lorsqu’on apprend qu’elle travaillait autrefois comme esthéticienne à Québec, qu’elle prenait une heure minimum à se pomponner avant de sortir, souvent deux, et que sa vie avait tout du superficiel. Dès le départ, la curiosité est piquée et maintenue jusqu’à la fin. L’auteure dénoue avec habileté les revirements qui ont fait d’Isabelle cette femme forte et indépendante qu’elle est devenue au Yukon. Yukonnaise nous fait visiter un coin de pays bien méconnu pour la plupart, avec ses paysages merveilleux comme on ne peut que les imaginer, des nuits étendus à observer les aurores boréales, des cabanes en bois rond sans électricité ni eau courante, isolées de toute civilisation. Un monde d’autonomie totale, de réclusion souvent, mais surtout de liberté. Un endroit que l’auteure a visité d’abord en résidence d’écrivain, et qu’elle prend grand plaisir, on le sent, à nous faire découvrir à notre tour. Une belle lecture qui m’a également plongée dans une douce nostalgie des années 80 et 90 en remontant le temps aux côtés d’Isabelle.
Fait à noter, Mylène Gilbert-Dumas a écrit davantage de romans historiques par le passé dont une série se déroulant justement dans le Yukon durant la ruée vers l’or, Lily Klondike. Une belle lecture, bref, qui porte à la réflexion sur notre société de consommation et nos vrais besoins, sans poser de jugement, à l’instar de ces Yukonnais que l’auteure apprécie tant, et nous de même à la suite de cette lecture.
Hanaken, la lignée du sabre de Geneviève Blouin, chez Trampoline – roman jeune adulte
Japon, ère des « Royaumes en guerre », fief du clan Takayama.
Suite à la mort brutale de leurs parents, deux adolescents de la famille Hanaken, Satô et Yukié, sont forcés de se tailler une place dans le monde des adultes.
Ce faisant, ils découvrent bientôt que leurs alliés sont impliqués dans un complot visant le chef du clan, le seigneur Takayama. Or, Yukié et Satô ont leurs propres raisons d’en vouloir à Takayama…
Dans ce Japon des samouraïs, où il ne fait pas bon se rebeller contre l’autorité, Satô et Yukié sauront-ils déjouer les machinations, survivre à la guerre qui se prépare et racheter l’honneur de leur famille?
Historienne de formation, spécialiste en arts martiaux et surtout connue pour ses nouvelles de genre (noir, horreur, fantastique), Geneviève Blouin publie ici son premier roman splendidement illustré par Sybiline. On y découvre les us et coutumes des familles de samouraïs à cette époque, leurs armes, leurs vêtements, la place des femmes et celle des différents membres d’une famille. Oui on s’instruit beaucoup sur le Japon au fil du récit, mais c’est surtout la remise en question de ces deux jeunes gens, Yukié et Satô, qui marque, et dont le point culminant se résume en une décision aux conséquences funestes. J’ai offert ce livre, recommandé à partir de 12 ans, en cadeau à une jeune fille de 10 ans sans l’avoir encore lu tellement j’avais confiance en la plume de l’auteure, mais quelques seppukus plus tard, je me demandais comment sa mère apprécierait! Je n’avais pourtant pas à m’inquiéter, la jeune fille a beaucoup aimé sa lecture et n’a pas fait de cauchemars. Pour ma part, j’ai trouvé le personnage de la jeune fille, Yukié, plus fort et plus attachant que celui de son frère, surtout dû à sa position délicate d’otage du seigneur Takayama qui lui fait voir un tout autre côté des choses. Arrivera-t-elle à exécuter la mission qu’on lui a confiée et à racheter l’honneur de sa famille?
Dans ce monde ancien et à 14 ans, rien n’est moins évident.
Je recommande donc chaudement ce livre à tous les jeunes gens, comme les moins jeunes, appréciant les épopées de guerre et de samouraïs, ou simplement fanatiques d’histoire.
Le tome II, Hanaken, l’ombre du daimyô, chez Phoenix, vient tout juste de sortir en librairie et je vous en parlerai certainement dans une prochaine chronique.
Vous pouvez discuter avec l’auteure et connaître ses autres projets sur le blog qu’elle tient ici :http://laplumeetlepoing.blogspot.ca/
Au-delà des limites et L’Océan prédateur, de Georges Leblanc chez Les éditions de la francophonie
Qui n’aime pas un bon récit d’aventures épiques, surtout quand l’histoire relate celle d’un skipper renommé en solitaire, et son voilier qui coule au beau milieu de l’Atlantique? C’est le récit que nous propose Georges Leblanc avec Au-delà des limites, alors qu’il reprend pour nous tous les détails qui ont conduit son voilierTriller vers le drame en septembre 1998, lors d’une épreuve de qualification pour la course en solitaire « La Route du Rhum ».
Georges Leblanc est un conteur né. Personnage très médiatisé du monde de la voile, il se livre ici avec candeur et humour sur les événements ayant précédé l’abandon de son voilier au milieu de l’océan. Que vous soyez amateur de voile ou non, vous ne resterez pas insensible devant les tribulations de cet homme à la volonté de fer, à la résilience phénoménale et à son charisme indéniable. Mais outre le drame qu’il a vécu, il saura bien vous dépeindre son amour de l’océan et de ses habitants qu’il respecte et admire plus que tout. Mais de grâce, à ne pas lire avant le coucher, vous aurez le mal de mer!
Autre récit palpitant qui se solde avec la perte d’un voilier océanique, L’Océan prédateur se veut aussi un appel à la sensibilité de tous vis-à-vis le respect de nos océans et, plus largement, de notre environnement. Cette fois le skipper et son coéquipier ont vu la mort de très près, et j’ai pleinement ressenti la tension avec eux alors qu’ils se sont retrouvés prisonniers du cockpit durant un trop long moment. Une histoire qui donne froid dans le dos. Cet événement s’est avéré attribuable à l’erreur (ou devrais-je dire la bêtise) humaine et aurait pu être évité. Néanmoins, ce périple forme un fichu de bon récit encore une fois, comme Georges Leblanc sait si bien les raconter en toute humilité.
Je ne dévoile rien ici qui ne soit déjà connu dans les médias si vous prenez le temps de chercher, mais les faits relatés par les journalistes et ceux vécus par les protagonistes n’ont rien en commun. J’avoue que ces volumes contiennent un certain nombre de termes marins, mais j’ose espérer qu’ils ne rebuteront pas le lecteur, mais piqueront plutôt sa curiosité.
Enfin, Georges Leblanc continue d’écrire puisqu’il le fait si bien et que les livres vendus contribuent à lui procurer des commandites pour ses prochaines aventures, car malgré tous les revers, il continue de naviguer et y prend grand plaisir, ça se sent. Il a aussi écrit Les Échos de l’océan et Le Chant des sirèneschez le même éditeur. Pour se les procurer, il suffit de visiter le site du skipper :http://www.georgesleblanc.com/.
Et je vous laisse cette fois avec un bon souvenir de 2002, déjà. C’était bien moi en rouge et bleu, à côté de Georges Leblanc (même si c’est difficile à dire avec la qualité de la photo) en préparation pour une petite étape de Rimouski à Matane, sur le voilier dont fait état son deuxième livre, L’Océan prédateur. Mais qu’est-ce que je faisais-là, moi au fait? Curieux!
Bonne lecture!
mardi 25 septembre 2012
Le Chasseur de Geneviève Blouin
Le Chasseur, une novella de Geneviève Blouin
chez les Six brumes.
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Couverture en Braille
édition limitée!
|
Dans mon cas, j'ai choisi la version du livre
avec la couverture en Braille (trop cool!), avec en prime une nouvelle de l'auteure (qu'il
me reste encore à lire, je dois dire que je l'avais oubliée avant d'écrire ce
billet!)
Hugues, cet ancien champion de combats ultimes devenu aveugle suite à un combat, se retrouve avantagé par son handicap alors qu'une créature mystérieuse attaque des gens dans son quartier. L'habilité de Geneviève Blouin de nous transposer dans la peau de Hugues, en "voyant" par tous ses sens, est remarquable. On a l'impression d'y être tant les détails sont tangibles, les descriptions des bruits, des odeurs, des textures, vraisemblables. Hugues, en bon combattant qu'il a toujours été, demeure alerte et vif en s'adaptant rapidement à son nouvel adversaire. C'est cette partie du novella que j'ai préféré, l'aspect psychologique du personnage ainsi que son attachement à la femme qui prend soin de lui. Les dialogues y sont aussi très bien intégrés à l'action. On aurait presque pu faire fi de la dimension surnaturelle même, puisque cette créature que Hugues combat mais ne verra jamais semble trop improbable pour être réelle. À la fin de l'histoire, je me demande encore si Hugues ne rêvait pas, au fond... Bref, une lecture enlevante, palpitante et bien menée qui se lit en un rien de temps. La fin arrive d'ailleurs abruptement, et j'aurais bien aimé un épilogue un peu plus long, mais vu le format, je comprends le choix de l'auteure.
Je me suis procuré le livre au lancement dans
un centre MMA (pour mixed martial arts, une discipline de combat
utilisant plusieurs techniques d'arts martiaux) à Longueuil, pas très loin de chez
moi. Ça situe bien l'action et le monde de prédilection du Chasseur, dans son
ancienne vie. Ça m'a plongée dans un sport que je ne connaissais pas,
mais qui est fascinant en soit, et duquel Geneviève Blouin tire son expérience
personnelle pour livrer la marchandise. Une excellente lecture, mais dont les
éléments surnaturels ne m'ont pas pleinement convaincue, pour être tout à fait
honnête. Peut-être suis-je juste un peu trop Thomas, je dois voir pour y croire?
Pour le blogue de l'auteure c'est ici: http://laplumeetlepoing.blogspot.ca/
Bonne lecture!
mardi 11 septembre 2012
À découvrir: Grayson, Lamarche, Cazeault
Il s'agit du titre de ma nouvelle chronique de la Teluq pour la rentrée, où je souhaite promouvoir les auteurs de chez nous. Je retranscris ici l'intégralité de ma première chronique littéraire, portant sur:
L'invention de la tribu de Catherine-Lune Grayson
Les têtes rousses de Claude Lamarche
Avéria I et II de Patrice Cazeault
Avis aux intéressés!
Quel délice! Un véritable coup de cœur. J’ai lu ce
petit bijou de livre pratiquement en une seule soirée. D’abord il est enlevant,
les personnages y sont attachants et les destins croisés si fascinants et
exotiques qu’on hésite à le poser avant la fin. Avec ses 170 pages emplies de
poésie fine, d’images de pays lointains, ses déserts, ses villages africains ou
québécois, ce livre nous transporte dans un univers de sensibilité et de
hasards ou la justesse de l’écriture n’a d’égal que l’inventivité narrative.
Autre belle lecture que ce roman historique nous présentant
un pan de l’immigration irlandaise au Québec, avec ses famines, ses exilés vers
l’Amérique dans les bateaux-cercueils, ses morts du Typhus et autres, ses
quarantaines à Grosse-Île. J’ai été charmée par l’histoire d’amour de Bridget
Bushell et les difficultés qu’elle et sa famille ont dû surmonter en arrivant
au Québec en mai 1847, après avoir été chassées de leur comté du Roscommon en
Irlande. Les têtes rousses décrit l’histoire de Bridget, l’aînée rêveuse,
pieuse et obstinée devant assurer la survie de sa famille, de Patrick, le cadet
bagarreur et débrouillard qui incarne si bien l’image que l’on se fait de ces
immigrants coriaces et enfin de Mary, la plus jeune, la plus sensible, mais qui
sait ce qu’elle désire.
Premier tome de la série jeunesse de science-fiction,
Seki se déroule sur Avéria, une colonie humaine occupée par les Tharisiens.
Certains humains s’accommodent assez bien de cette occupation depuis près de
vingt ans, alors que d’autres rêvent de monter une révolution pour en chasser
l’envahisseur. Deux sœurs incarnent ces points de vue diamétralement
opposés : Seki, l’aînée, qui étudie en sciences à l’université et qui
n’aspire qu’à la paix et la tolérance, tandis que sa jeune sœur, Myr, une
adolescente au tempérament bouillant,
prône la violence pour mettre fin à l’occupation et se rebelle contre
l’autorité de toutes les façons possibles. Le conflit intense et toujours
croissant qui oppose ces deux sœurs tient le lecteur en haleine du début à la
fin. Patrice Cazeault mise sur la profondeur des personnages, toujours
crédibles et multidimensionnels, et rend avec brio les deux points de vue
opposés de ses protagonistes, Seki et Myr, qui se découvrent l'une l'autre dans
l’adversité.
Dans le tome 2, Annika, on découvre cette fois
l’envers de la médaille, le monde des Tharisiens, des êtres à la peau jaune et
visiblement plus avancés technologiquement que les humains, chez qui les
aspects politiques et militaires prévalent sur tout. Cette fois nous suivons
les méandres de l’esprit tortueux d’Annika Arralia, une Tharisienne colérique
(un euphémisme!) qui vit avec son oncle et son cousin. L’un ne pense qu’à son
ambition à n’importe quel prix, tandis que l’autre s’abrutit dans la drogue
pour oublier son âme de poète qui ne convient pas au destin que lui réserve son
père autoritaire. Annika ne trouve que son cousin en qui se confier, et même à
ses plus proches amis elle reste fermée et inaccessible. On s’attache toutefois
au personnage dont la rage confond et surprend souvent, mais fascine surtout.
Pour ma part, j’ai bien aimé Annika pour sa fureur destructrice, sidérée par
l’étendue de sa haine, me demandant où tout cela la mènerait. Je m’en voudrais
de ne pas mentionner le journaliste hilarant et trop curieux pour son propre
bien qui vient pimenter la sauce dans les deux tomes tout en offrant des
informations cruciales sur les politiques locales, et sur la censure
journalistique.
L'invention de la tribu de Catherine-Lune Grayson
Les têtes rousses de Claude Lamarche
Avéria I et II de Patrice Cazeault
Avis aux intéressés!
L’invention de la tribu, de Catherine-Lune Grayson chez Mémoire
d’encrier.
Quel délice! Un véritable coup de cœur. J’ai lu ce
petit bijou de livre pratiquement en une seule soirée. D’abord il est enlevant,
les personnages y sont attachants et les destins croisés si fascinants et
exotiques qu’on hésite à le poser avant la fin. Avec ses 170 pages emplies de
poésie fine, d’images de pays lointains, ses déserts, ses villages africains ou
québécois, ce livre nous transporte dans un univers de sensibilité et de
hasards ou la justesse de l’écriture n’a d’égal que l’inventivité narrative.
Un petit extrait pour vous donner le ton :
« Tant que tu ne fais pas partie de l’histoire,
tu es épargné. Le paysage n’est qu’un paysage. Ses pics et ses creux, ses
arbres et ses roches ne te racontent pas d’histoires. Ils ne sont pas encore
marqués, annotés, fêlés, fissurés. Ils sont sans histoire. Dans la préhistoire,
tu es épargné.
Dans la préhistoire, il y avait la tribu. Ils allaient
vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. C’était avant qu’ils ne soient tous
devenus un peu fous. Avant que le creux, là-bas, ne soit celui des fondations
incendiées de la maison blanche. Avant que le vélo rouge ne soit un tas de ferraille.
Avant que le bruit des vagues ne soit une marche funèbre. »
L’auteure a grandi à Saint-Adrien, en Estrie.
Journaliste, puis travailleuse humanitaire, elle découvre l’Afrique et la
poésie du continent. L’invention de la tribu est soin premier roman, bien
qu’elle ait déjà publié un récit de voyage accompagné de magnifiques photos et
illustrations sous le titre de Nul ne
revient du pays qui n'existe pas,
chez Michel Brûlé. Grande réussite donc en ce qui me concerne, et j’espère
que vous la découvrirez à votre tour.
Les têtes rousses, de Claude Lamarche chez Vents d’Ouest.
Autre belle lecture que ce roman historique nous présentant
un pan de l’immigration irlandaise au Québec, avec ses famines, ses exilés vers
l’Amérique dans les bateaux-cercueils, ses morts du Typhus et autres, ses
quarantaines à Grosse-Île. J’ai été charmée par l’histoire d’amour de Bridget
Bushell et les difficultés qu’elle et sa famille ont dû surmonter en arrivant
au Québec en mai 1847, après avoir été chassées de leur comté du Roscommon en
Irlande. Les têtes rousses décrit l’histoire de Bridget, l’aînée rêveuse,
pieuse et obstinée devant assurer la survie de sa famille, de Patrick, le cadet
bagarreur et débrouillard qui incarne si bien l’image que l’on se fait de ces
immigrants coriaces et enfin de Mary, la plus jeune, la plus sensible, mais qui
sait ce qu’elle désire.
Il m’est impossible de ne pas songer à la véracité
probable de leurs destins tantôt heureux, tantôt tragiques en lisant que l’auteure,
férue de généalogie, est un jour tombée sur un cahier écrit par une aïeule qui
lui a fait découvrir l’histoire de ses ancêtres irlandais, et qui lui a servi
d’inspiration pour ce livre. Claude Lamarche n’en est pas à ses premières armes
en publication et sa belle plume s’efface tout discrètement pour laisser la
place à la trame de fond, ce que j’ai particulièrement apprécié.
Avéria tome 1 : Seki et tome 2 : Annika, de Patrice Cazeault chez ADA.
Dans le tome 2, Annika, on découvre cette fois
l’envers de la médaille, le monde des Tharisiens, des êtres à la peau jaune et
visiblement plus avancés technologiquement que les humains, chez qui les
aspects politiques et militaires prévalent sur tout. Cette fois nous suivons
les méandres de l’esprit tortueux d’Annika Arralia, une Tharisienne colérique
(un euphémisme!) qui vit avec son oncle et son cousin. L’un ne pense qu’à son
ambition à n’importe quel prix, tandis que l’autre s’abrutit dans la drogue
pour oublier son âme de poète qui ne convient pas au destin que lui réserve son
père autoritaire. Annika ne trouve que son cousin en qui se confier, et même à
ses plus proches amis elle reste fermée et inaccessible. On s’attache toutefois
au personnage dont la rage confond et surprend souvent, mais fascine surtout.
Pour ma part, j’ai bien aimé Annika pour sa fureur destructrice, sidérée par
l’étendue de sa haine, me demandant où tout cela la mènerait. Je m’en voudrais
de ne pas mentionner le journaliste hilarant et trop curieux pour son propre
bien qui vient pimenter la sauce dans les deux tomes tout en offrant des
informations cruciales sur les politiques locales, et sur la censure
journalistique.
Les personnages sont centraux dans ces romans aussi,
on arrive presque à oublier que c’est de science-fiction dont il s’agit. À part
la présence des Tharisiens, de leurs désintégrateurs qu’on voit très peu à l’œuvre,
et des vaisseaux spatiaux, on pourrait transplanter ces histoires sur terre à
n’importe quelle époque et l’intensité des émotions transporterait aussi bien
le lecteur. Cette particularité aura le don de plaire à un plus grand public,
quant à moi j’aurais bien aimé y trouver plus d’éléments de
l'imaginaire foisonnant de l'auteur, dont ces deux tomes représentent
les premières publications.
Seki et Annika sauront plaire aux jeunes lecteurs
comme aux moins jeunes. Le tome 3 d’une série prévue de 6 tomes sera lancé en
automne.
Pour suivre l'évolution de la série, il y a le blogue
de l'auteur: http://avisdexpulsion.blogspot.ca/ et le site Facebook: https://www.facebook.com/averia.tharisia
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